Guide débutant

Tatoueur en micro-entreprise : comprendre ta comptabilité sans te perdre

Un client te verse une somme pour réserver sa séance. Un autre règle son tatouage en espèces. De ton côté, tu commandes des cartouches et tu paies ta place dans un salon.

Tout cela fait entrer et sortir de l’argent. Mais au moment de remplir ta déclaration, une question arrive : quelle somme dois-tu déclarer ?

Quand tu débutes, les mots peuvent vite se mélanger. On va suivre un exemple de rendez-vous pour comprendre quoi noter, quels documents garder et quelles échéances préparer.

Commence par l’argent que tu as vraiment reçu

Un encaissement, c’est un paiement que tu as reçu.

Un rendez-vous réservé ne signifie donc pas que tu as encaissé son prix. Une facture envoyée ne signifie pas non plus que ton client l’a payée.

Prenons un tatouage à 200 €, dans cet exemple sans TVA :

  • Le 8 octobre, ton client verse 50 € pour réserver.
  • Le 22 novembre, après sa séance, il règle les 150 € restants.

Tu as reçu 50 € en octobre et 150 € en novembre. Ces paiements correspondent au même tatouage, mais ils sont arrivés à deux dates différentes.

Pour ta déclaration à l’Urssaf, tu prends en compte les sommes reçues pendant la période concernée. Si tu déclares chaque mois, ces deux paiements appartiennent donc à deux déclarations différentes.

Le livre des recettes garde une trace de chaque paiement

Le livre des recettes est le document dans lequel tu enregistres l’argent reçu grâce à ton activité, dans l’ordre des dates.

Le mot recettes désigne ici ces entrées d’argent.

Pour chaque paiement, note sa date, son montant, son origine et le moyen utilisé : carte, espèces, virement… Ajoute la référence du document qui permet de comprendre à quoi il correspond.

Notre exemple donnerait ceci :

DateClient et projetPaiement reçuMoyen de paiement
8 octobreClient A — projet TK-02450 €Virement
22 novembreClient A — projet TK-024150 €Carte

Dans ton véritable registre, renseigne l’origine du paiement et les références des justificatifs nécessaires.

Un justificatif est un document qui permet d’expliquer une opération. Il peut s’agir, par exemple, de la facture ou de la note remise au client.

Tu peux tenir ce livre sur papier ou avec un outil adapté. Les informations enregistrées doivent rester traçables. Évite donc un fichier dans lequel tu peux effacer un paiement sans laisser de trace.

Si ton activité libérale bénéficie de la franchise en base de TVA, tu dois aussi tenir un registre annuel détaillant tes achats de biens et de services. Ce suivi complète celui des recettes.

Prépare tes documents avant ton premier rendez-vous

Une facture décrit ce que tu as vendu et le montant demandé. Elle permet notamment de retrouver la prestation, le client et la date.

Pour une prestation de services à un particulier supérieure à 25 € TTC, tu dois remettre une note. En dessous, elle reste obligatoire si le client la demande. Pour ton tatouage à 200 €, le document à remettre au client fait donc partie du rendez-vous.

Prépare un modèle prévu pour ton activité et ton type de client. Il doit notamment comporter ton identité professionnelle, la mention « EI » ou « Entrepreneur individuel », les informations du client, les dates, la description de la prestation et les montants.

Chaque facture possède aussi un numéro unique, dans une suite chronologique continue. Par exemple : 2026-001, puis 2026-002, puis 2026-003.

La franchise en base de TVA est le régime qui permet, sous certaines conditions, de ne pas facturer cette taxe. Si tu en bénéficies, la facture porte la mention correspondante. Être en micro-entreprise ne signifie pas automatiquement que tu bénéficies de cette franchise.

Pour notre rendez-vous, les documents doivent permettre de retrouver les 50 € déjà versés et les 150 € payés ensuite. Le client a payé 200 € au total. Enregistrer 50 €, puis encore 200 €, ferait compter deux fois son premier paiement.

Une facture déjà envoyée ne s’efface pas comme un brouillon

Tu constates une erreur après avoir envoyé une facture ? Garde une trace de la correction.

Avant le paiement, une facture rectificative peut remplacer la première. Elle porte un nouveau numéro et indique quelle facture elle annule et remplace.

Après le paiement, la correction passe par un avoir : un document comptable qui corrige ou annule tout ou partie de la facture initiale.

Ton logiciel doit permettre de retrouver le document de départ et celui qui le corrige.

Ton chiffre d’affaires n’est pas l’argent que tu peux garder

Le chiffre d’affaires, souvent écrit CA, correspond aux sommes générées par tes ventes et tes prestations. Pour ta déclaration de micro-entrepreneur à l’Urssaf, tu déclares les sommes encaissées, hors TVA éventuelle.

Reprenons notre tatouage à 200 €. Tu as aussi acheté 40 € de fournitures.

Dans cet exemple sans TVA, tu déclares 200 € de chiffre d’affaires, même si tu as dépensé 40 €. Les dépenses réelles ne se retirent pas de cette déclaration. Cela concerne aussi les frais de matériel, de local ou les commissions de paiement.

Tes dépenses restent pourtant importantes pour savoir si ton activité te permet de vivre.

Sur l’argent reçu, tu dois encore financer ton travail et prévoir les cotisations sociales ainsi que les impôts dus. Avant de te verser de l’argent pour tes dépenses personnelles, regarde donc aussi ce qu’il reste à payer.

Faut-il ouvrir un compte bancaire séparé ?

Un compte dédié est un compte réservé aux opérations de ton activité.

Il permet de retrouver les paiements des clients et les achats du salon sans les mélanger avec tes courses ou ton loyer personnel.

En micro-entreprise, ce compte devient obligatoire lorsque ton chiffre d’affaires annuel dépasse 10 000 € pendant deux années consécutives. Une activité commerciale impose également des obligations propres.

Un compte dédié peut être différent d’une offre bancaire vendue sous le nom de « compte professionnel ». Avant d’en ouvrir un, demande à la banque si elle autorise ton activité sur ce compte et si elle peut y faire figurer la mention « EI ».

Tu peux organiser cette séparation dès le départ, même avant d’atteindre le seuil.

La CFE : une échéance à préparer dès la création

La CFE, ou cotisation foncière des entreprises, est un impôt local. Elle est distincte des cotisations sociales payées à l’Urssaf.

Tu es exonéré de son paiement pendant l’année civile de création de ton entreprise. Cela signifie que tu n’as pas de CFE à payer pour cette année.

Mais tu dois quand même remplir la déclaration initiale 1447-C-SD, au plus tard le 31 décembre de l’année de création, et l’adresser à ton service des impôts des entreprises.

Si tu crées ton activité en novembre 2026, cette démarche est donc à préparer avant la fin de décembre 2026.

Pour les années suivantes, le montant dépend notamment de ta situation et de ta commune. Des exonérations existent. Tu retrouves ton éventuel avis de CFE dans ton espace professionnel sur le site des impôts. Le paiement intervient généralement au plus tard le 15 décembre.

Garde tes documents dans un endroit où tu peux les retrouver

Les factures clients, les factures fournisseurs et les pièces justificatives comptables se conservent dix ans à partir de la clôture de l’exercice concerné. Cette durée ne s’applique pas automatiquement à tous les autres documents du salon.

Mains utilisant une calculatrice devant une facture.
Regrouper les factures et leurs justificatifs facilite le suivi de l’activité.

Pour commencer, crée un dossier par année, avec une partie pour les ventes et une autre pour les achats.

Télécharge les factures de tes fournisseurs au moment de la commande. Garde aussi une sauvegarde séparée. Si tu changes de logiciel, vérifie que tu peux récupérer tes documents et les ouvrir. Les échéances et les préparatifs sont détaillés dans le guide de la facturation électronique pour les tatoueurs.

Le rendez-vous mensuel à prendre avec ta comptabilité

Une fois par mois, reprends les paiements reçus et retrouve le document associé à chacun. Cette comparaison s’appelle un rapprochement.

Pour notre projet à 200 €, tu dois pouvoir retrouver les deux paiements, leurs dates et les documents correspondants.

Ensuite, classe les nouvelles factures, vérifie les sommes encore attendues et consulte ta prochaine échéance de déclaration. La déclaration à l’Urssaf reste obligatoire même si tu n’as rien encaissé pendant la période.

L’objectif de cette routine est concret : quand tu regardes un paiement, tu sais qui t’a payé, pour quoi, à quelle date et où retrouver sa trace.

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